On a bien vu venir les choses dès le congrès de Versailles en juin 2009. Déjà, Sarkozy avait prévenu que la burqa « ne serait pas admise en France ». Une mission parlementaire avait ensuite estimé qu’il n’existait pas de consensus pour une loi totale et générale sur l’interdiction du port du voile intégral, réclamée notamment par Jean-françois Copé, le "patron" des députés UMP.

Les élections régionales ayant été un fiasco pour la droite, le problème s’est de nouveau posé pour des raisons de basse politique (il leur faut reconquérir l’électorat de droite et même d’extrême droite) à l’initiative du président lui même le 21 avril dernier qui a alors proposé une loi d’interdiction générale sur tout le territoire français.

L’affaire de Nantes, cette femme verbalisée car elle conduisait avec un voile intégral et dont le mari est désormais dans le collimateur du gouvernement, est venue amplifier (comme le hasard fait bien les choses...) la polémique et rend parfaitement impossible toute décision sereine en la matière.

Le premier écueil est d’ordre juridique. Le Conseil d’Etat a estimé qu’une telle loi serait attaquable à raison. Qu’importe ! le président et le premier ministre ont décidé de passer outre et en force, se disant même « prêt à prendre des risques juridiques » sur ce sujet. Ce qui est totalement incroyable venant des deux principaux dépositaires de l’autorité de l’Etat.

Pire encore, le 23 avril dernier, le ministre de l’Intérieur demande au ministre de l’Immigration de déchoir de sa nationalité un homme soupçonné de polygamie et de fraude aux allocations familiales (ce qui reste encore à prouver d'ailleurs...). Ce qui est strictement illégal au regard des textes en vigueur dans notre pays... mais qui fait dire au ministre de l'immigration que la législation pourrait facilement évoluer...

En vérité, le vrai risque qui est pris c’est de stigmatiser, une nouvelle fois, l’ensemble de la communauté musulmane qui n’est pas obligatoirement favorable à la burqa et demande dans son immense majorité à faire œuvre de compréhension, de tolérance et de pédagogie pour éviter que ce phénomène ne se répande. Le risque, c’est aussi de mettre en avant une infime minorité d’extrémistes de tout poil (islamistes mais aussi de la nébuleuse FN) qui n’attendent que cette occasion pour faire entendre davantage leurs voix.

Je ne suis pas favorable à une loi sur l’interdiction générale du voile intégral comme je ne suis pas d’accord avec le port de la burqa. Mais je préfère privilégier le dialogue et les échanges pour parvenir à une solution consensuelle et surtout déconnectée des enjeux politiciens qui animent la droite et le Président de la République.

L’avenir de notre système de retraite, le problème de l’emploi et des inégalités en France sont des dossiers qui devraient plutôt occuper à plein temps le gouvernement et sur lesquels il y a tant à faire. Il est vrai aussi que cette polémique arrive également à point alors qu'on évoque un financement "particulier" de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995, campagne à laquelle participait très activement le président de la République actuel...